Le sujet n'est pas ton taux, c'est le fait générateur
Quand tu discutes une mission, la conversation porte presque toujours sur le pourcentage. C'est la partie facile. La partie qui décide si tu seras payé, et quand, tient dans une phrase du contrat que beaucoup de recruteurs indépendants lisent en diagonale : celle qui dit à quel moment ta commission devient exigible.
Trois formulations circulent, et elles n'ont rien à voir entre elles. La commission est due à la signature de la promesse d'embauche. Elle est due à la prise de poste effective. Elle est due à l'issue de la période d'essai. Entre la première et la troisième, il peut s'écouler six mois, et un risque que tu portes seul.
Ce qui suit est une grille de lecture, pas un conseil juridique. Ton contrat et ta situation restent la première chose à faire relire.
Ce que dit le droit sur les délais
Tu n'es pas sans cadre, et c'est utile à savoir avant d'accepter un délai présenté comme la norme du secteur.
Entre professionnels, le délai de paiement convenu ne peut pas dépasser soixante jours à compter de la date d'émission de la facture. Une dérogation permet quarante-cinq jours fin de mois, à condition qu'elle soit expressément stipulée au contrat. À défaut de toute mention, le délai est de trente jours après exécution de la prestation. Ces règles figurent à l'article L441-10 du Code de commerce.
Deux conséquences pratiques. Un donneur d'ordre qui t'annonce quatre-vingt-dix jours sort du cadre légal, même s'il le présente comme une pratique interne. Et un contrat muet sur le délai ne te dessert pas : c'est trente jours qui s'appliquent, pas le calendrier de celui qui paie.
En cas de retard, des pénalités sont dues de plein droit, sans qu'une relance soit nécessaire, et une indemnité forfaitaire de quarante euros pour frais de recouvrement s'ajoute par facture impayée (article D441-5 du Code de commerce). Le montant est symbolique. Son intérêt ne l'est pas : il rend le retard explicitement coûteux, et il te donne un motif de relance factuel plutôt qu'une relance gênée.
Les quatre clauses qui décident si tu seras payé
Le fait générateur. Signature, prise de poste ou fin de période d'essai. Plus il est tardif, plus tu portes longtemps un risque sur lequel tu n'as aucune prise : un candidat qui se ravise, une réorganisation, un départ pendant l'essai. Si le fait générateur est la fin de période d'essai, tu finances une garantie sans la facturer.
Le point de départ du délai. Il ne suffit pas de savoir que tu seras payé à trente ou quarante-cinq jours. Encore faut-il savoir à partir de quoi. À partir de l'émission de ta facture, ou à partir d'une validation interne qui peut prendre trois semaines ? Un délai de trente jours qui commence après un accord tacite non daté n'est pas un délai de trente jours.
La garantie et son effet sur ta commission. Une garantie de remplacement de trois mois est une pratique courante sur le marché. La vraie question n'est pas sa durée, c'est qui la porte. Si le candidat part pendant la garantie, es-tu tenu de mener une nouvelle recherche sans rémunération supplémentaire, ou ta commission est-elle remboursée en tout ou partie ? Les deux montages existent, et ils n'engagent pas le même travail. Le contrat doit le dire, sinon la discussion aura lieu au pire moment.
L'antériorité de présentation. Sur un poste travaillé par plusieurs recruteurs, la question de savoir qui a présenté un candidat en premier se règle très mal après coup. Une clause qui fixe le mode de preuve, un écrit daté, et la durée pendant laquelle ta présentation reste opposable, t'évite de découvrir qu'un profil que tu as approché a été facturé par quelqu'un d'autre.
Ce que tu peux demander sans être en position de force
Tu n'as pas besoin d'un rapport de force pour obtenir un cadre écrit. Ces demandes passent parce qu'elles sont légitimes et qu'elles ne coûtent rien à un donneur d'ordre sérieux.
Un contrat, ou à défaut un échange écrit, avant de commencer à travailler. Pas après la première présentation de candidat, où tu as déjà engagé du temps et perdu ton seul levier.
Une facturation par étapes quand la mission est longue. Sur une recherche de plusieurs mois, un acompte au lancement ou un jalon à la première shortlist n'est pas une faveur : c'est la reconnaissance qu'un travail a été fourni et qu'il a une valeur indépendante de l'issue.
La confirmation écrite du fait générateur et du délai, en toutes lettres. Si le donneur d'ordre hésite à l'écrire, tu viens d'apprendre quelque chose d'important, et tu l'as appris avant d'avoir travaillé.
Les signaux à regarder avant de dire oui
Un donneur d'ordre qui refuse de contractualiser le délai. Un mandat où le poste est ouvert depuis longtemps et travaillé par plusieurs recruteurs sans que personne n'ait cadré l'antériorité. Un fait générateur repoussé à la fin de période d'essai sans contrepartie sur le taux. Une garantie dont le fonctionnement est décrit oralement comme une formalité.
Aucun de ces signaux n'est disqualifiant à lui seul. Réunis, ils dessinent une relation où le risque a été entièrement transféré vers toi, et où ta rémunération dépendra de la bonne volonté de quelqu'un d'autre plusieurs mois après ton travail.
Quand la facture traîne : la relance qui fonctionne
Un retard n'est pas toujours un refus de payer. C'est très souvent une facture bloquée faute d'un bon de commande, d'un service fait non validé, ou d'un interlocuteur parti en congés. La relance efficace est donc factuelle et précoce, pas comminatoire.
Reprends l'ordre logique. Vérifie d'abord que ta facture porte les mentions attendues et qu'elle est arrivée au bon destinataire, comptabilité comprise, pas seulement à ton interlocuteur opérationnel. Relance ensuite par écrit dès le dépassement, en rappelant la date d'échéance contractuelle, pas la date à laquelle tu t'attendais à être payé.
Si le silence s'installe, la mise en demeure écrite avec rappel des pénalités et de l'indemnité forfaitaire change le statut de la discussion. Elle marque le point de départ d'une procédure et, dans la plupart des cas, elle suffit : une direction financière traite différemment un courrier qui cite un article du Code de commerce et un message qui demande des nouvelles.
Deux réflexes te coûtent cher. Continuer à travailler pour un donneur d'ordre qui a déjà dépassé une échéance sans explication. Et accepter une renégociation du montant au moment du paiement, parce que la discussion se tient alors que ton travail est déjà livré et que ton seul levier a disparu.
Ce que ça change quand le cadre est posé d'avance
L'intérêt d'un cadre écrit n'est pas de te protéger d'un litige, qui restera rare. Il est de te permettre de choisir tes missions sur des critères vérifiables plutôt qu'à l'intuition, et de consacrer ton énergie au recrutement plutôt qu'à la surveillance de tes factures.
Chez Yro, tu travailles à partir d'un cadre de collaboration écrit, signé avant la première mission. Une mission t'est attribuée à toi seul, du brief au placement, sans mise en concurrence interne sur le même poste. Et on mesure la faisabilité d'une recherche avant de te la proposer, parce qu'une mission ingagnable te coûte des semaines qu'aucune clause ne te rendra.
Le reste se discute au cas par cas, comme partout. Mais ça se discute avant, et par écrit.